Au commencement était un homme :
Muhammad Ibn Mu ̄sa ̄ Al-Khwa ̄rizm ̄i , mort vers 850 à Bagdad, est l'auteur du Kita ̄b al-mukhtasar fi ̄ hisa ̄bal-jabrwa-l-muqa ̄bala (Abrégé du calcul par la restauration et la comparaison).
Au XIIe siècle, l'Europe lui inventa un nom latin (Algoritmi) et nomma son invention : l'algèbre. Son traité ne contenait aucun chiffre. Toutes les équations s'exprimaient par des mots : au commencement (de l'algorithme) était le verbe.
Astronome et donc, à l'époque, astrologue, Al-Khwarizmi prédit un jour au calife qu'il vivrait encore cinquante ans. Le calife mourut dix jours après la prédiction. Algorithme était un homme. Il était donc faillible.
Telle n'est pas la réputation de sa descendance numérique : les algorithmes passent pour infaillibles. Ils sont partout : ordinateurs, cryptographie, routage d'informations, planification des ressources, traitement de textes et d'images, bio-informatique, etc. Ils peuvent (presque) tout.
Depuis des siècles, l'homme calcule ou décrypte des algorithmes. Aujourd'hui, l'algorithme calcule l'homme : il décrypte, anticipe, destine, assigne, cerne l'usager et le consommateur, parfois l'électeur. Et bientôt le citoyen? À l'heure des données de masse, comment gouverner (sans, avec) les algorithmes ? Comment les rendre transparents et, au moins, compréhensibles par les gens? Il en va de la liberté et de la créativité des individus. C'est bien le sujet du dossier réalisé sous la direction de Xavier Crouan et Pascal Martin.
La communication doit rester une science (et une relation) humaine, un échange, une interaction entre des personnes, quels qu'en soient les médiations et les outils, même algorithmiques. L'homme doit rester la mesure et la finalité de toute action publique. La communication publique est une éthique avant d'être une technique : ces convictions partagées par les membres de Communication publique éclairent tous les articles de ce numéro de PAROLE PUBLIQUE.
Car, à la fin il y a l'homme.