On connaît les neveux de Donald. Le canard. Naguère, un « canard » c'était une fausse nouvelle. Riri, Fifi et Loulou mentent souvent. Pris sur le fait, ils nient. Avec assurance, gêne ou colère. Il y a aujourd'hui d'autres neveux de Donald. Le président. L'adepte des faits alternatifs.
Non, les faits ne parlent pas d'eux-mêmes : de la caverne de Platon à la tour de Trump, on sait qu'on peut préférer l'ombre de la réalité à la réalité des faits. Dans ces temps de post-vérité, face à une parole politique relativisée, décrédibilisée, dévaluée, que peut faire la parole publique, la parole d'intérêt général des pouvoirs et services publics? Ne plus être seulement affirmation, proclamation, promotion. Devenir attention, écoute, échange, coopération. Associer « les gens », « le peuple », « la multitude » à la solution des problèmes. Bref, les traiter en citoyens.
Étymologiquement, la pédagogie s'adresse aux enfants, la démocratie au peuple. Plus encore quand l'ère numérique dote potentiellement tous les David, bien ou malveillants, des armes pour terrasser les Goliath de l'avoir, du savoir et du pouvoir. Et permet à chaque Lilliputien de tisser les fils (web !) qui feront vaciller les Gulliver, les puissants, les importants. Sans s'illusionner sur la bienveillance intéressée du bon géant Gafa. Sans ignorer que Big Brother s'est reconverti en marketeur invasif au service d'entreprises privées. Léviathan n'est pas là où on l'attendait.
L'exigence d'une relation respectueuse, juste et confiante entre l'État et les administrés est le fil rouge de ce numéro de PAROLE PUBLIQUE. Jusque dans le dossier réalisé sous la direction d'Armelle Tanvez, Claire Laval et Philippe Deracourt sur le Design des politiques publiques. Car cette approche « orientée usager » de l'action publique et de sa transformation vise à réduire la distance entre l'administration et ses publics. À faire du destinataire d'un service public un acteur, un innovateur autant qu'un bénéficiaire. À réduire une fracture qu'on dit numérique mais qui est d'abord culturelle et sociale. À concrétiser la démocratie et la citoyenneté.