Cette vision réductrice de l'homme, de la société, de la vie, est à l'origine des erreurs et des illusions qui ont proliféré et qui prolifèrent encore, conduisant à ces boucheries atroces que sont les guerres.
Pascal contre Descartes
C'est à ce mode de pensée qui sépare et disjoint, que j'oppose la connaissance complexe, suivant le principe pascalien selon lequel « Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates, et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties ».
Ce principe de Pascal est resté longtemps méconnu car nous avons vécu sur la base des principes cartésiens qui consistent à diviser et à séparer pour connaître. Les principes de Descartes ont eu des conséquences utiles dans la spécialisation des connaissances, certes, mais ils ont empêché toute vue d'ensemble, toute vue globale, toute vue complexe.
Tout ce qui concerne l'humain est dispersé dans toutes les sciences, et toutes les sciences, y compris les connaissances philosophiques, doivent être reliées. C'est la raison pour laquelle je dis que la complexité s'enseigne.
Il est indispensable de former les esprits à contextualiser toute information et toute connaissance factuelle, à être capable d'intégrer un savoir dans le système où il se trouve et où il participe. Il est donc nécessaire d'enseigner les méthodes qui permettent de saisir les relations mutuelles et influences réciproques entre parties et tout dans un monde complexe.
L'esprit qui veut connaître rencontre toujours des ambivalences et des contradictions. La vraie connaissance n'est pas celle qui les écarte - car elle serait réductrice et simplificatrice -, mais celle qui les affronte. Ce qu'il faut enseigner, c'est la capacité de penser que les antagonismes peuvent être complémentaires.
Les sept savoirs
Dans mon livre publié par l'UNESCO et Le Seuil en 1999, Les sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur, il est question notamment de l'éducation à l'éthique du genre humain, à la compréhension humaine, à l'affrontement des incertitudes, à l'identité terrienne.
L'enseignement des sept savoirs multiplie les approches et permet à la fois aux enseignants et aux enseignés d'acquérir une culture, c'est à dire ce quelque chose qui dépasse la spécialité. En effet, il est indispensable que les littéraires et les philosophes puisent dans les acquis formidables des sciences, tout comme les sciences doivent réfléchir à leurs propres implications sociales et culturelles.