Le climat est une affaire de société. D'une certaine manière, il « fait » société : dans les sociétés traditionnelles, il permet d'établir les calendriers agricoles, de la pêche ou de l'élevage; à l'époque contemporaines, il organise le temps social des loisirs et des vacances, moteur d'une industrie puissante et mondiale.
Le dérèglement climatique est une préoccupation ancestrale évoquée dans la Bible, il est l' objet d' une crainte millénaire qui a généré une tradition toujours vivace de récits de fin du monde. Si Montesquieu a théorisé la dimension politique du climat dans le livre II de l'Esprit des lois, on envisagera ici la question du changement climatique comme le moteur d'une discussion qui enrôle un grand nombre de publics sur unequestioncentraleduvivreensemble:la responsabilité et les conséquences de l'activité humaine. La communication du changement climatique est ici comprise comme enrôlement dans un travail polémique de thématisation, de qualification et d'évaluation des grands choix de société. Dans le passage d'une question scientifique à une question de société, se jouent un déconfinement et son inscription à l'agenda public dans un mouvement de publicisation où interviennent de nombreux acteurs et différentes manières de dire.
Les milieux scientifiques ont donné les premières définitions de la question climatique, marquée par J.B Fourrier ou Arrhénius au xixe siècle et accélérée au XXe par le choc des bombes atomiques qui souligne autant la puissance de la technique que la fragilité des équilibres naturels. L'institution de la question se fait par un double processus de qualification (le mot météo) et de création en 1878 d'une organisation internationale devenue en 1951 l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM), agence spécialisée de l'ONU. La construction de ce réseau scientifique puissant dynamise la production de savoirs et installe le problème à l'échelle internationale.
À l'initiative de l'OMM et du programme des Nations Unies pour l'environnement (créé à la conférence de Stockholm de 1972) est né le Groupe d'experts international sur l'évolution du climat (GIEC), instance politico-diplomatique d'expertise unique en son genre. Fédération mondiale de laboratoires dont le rôle est d'informer les gouvernements sur l'état des connaissances, le GIEC n'a pas une visée prescriptive mais informative : éclairer la décision politique sur les risques liés au changement climatique d'origine humaine, cerner les conséquences possibles, envisager des stratégies d'atténuation ou d'adaptation.
L'objectif est moins la découverte scientifique que la publicisation du phénomène : la question scientifique devient une question politique, sociale et économique, elle interpelle une manière de vivre, de produire et de gouverner. Les cinq rapports publiés depuis 1990 sont désormais assortis d'une qualification du degré de certitude (qui n'exclut ni les controverses ni le scepticisme).
Le déploiement de la question climatique se poursuit à l'échelle internationale par des conférences internationales et COP organisées rituellement chaque année, dans la première quinzaine de décembre, alternativement dans un pays du Sud ou du Nord, moment de prise de conscience des enjeux, des défis et des changements en cours.