Le Président de la République a demandé aux préfets d'être les entrepreneurs de l'État. Je souscris pleinement à cette demande. J'ajouterai qu'ils sont aussi les constructeurs infatigables de la République. Une évidence qu'il est toujours bon de répéter.
Mais qui sont ces préfets créés par le Premier Consul le 17 février 1800, dont Lucien Bonaparte dira que « de ce jour-là, date le bonheur des peuples»? (Le frère du Premier Consul parlait, j'imagine, des peuples sous administration française. Rappelons qu'en France c'est l'État qui a construit la Nation, à l'inverse des autres pays d'Europe). Les préfets trouvaient ce jour-là une légitimité institutionnelle qui faisait défaut à leurs semblants de prédécesseurs, les intendants de l'ancien régime. Depuis, s'ils ont traversé les régimes, les préfets sont indissociablement liés à la République.
Mais qui sont-ils aujourd'hui ? Des hauts fonctionnaires, en général issus de l'Ena, nommés par décret du Président de la République en Conseil des ministres. Et révocables sur-le-champ. Préfet est à la fois un grade et une fonction. 250 personnes sont titulaires du grade, qui en général s'acquiert en étant nommé sur un premier poste territorial : préfet de département, de région, de police ou préfet délégué. Les autres servent dans diverses fonctions de l'administration (cabinets ministériels, ministères, Conseil d'État, Cour des comptes, entreprises publiques...), au ministère de l'intérieur, qui gère le corps. Un petit nombre, enfin, est en attente d'affectation.
Les préfets « ordinaires », de département ou de région, assument un double rôle dans leurs circonscriptions : représenter l'État, représenter le gouvernement et chacun de ses membres. En l'absence de ministre, c'est le préfet qui représente l'État dans sa circonscription territoriale. Un décret de 1989 rappelle très précisément l'ordre protocolaire dans les territoires : il est le premier. C'est à ce titre qu'il a préséance sur tous les autres membres des corps constitués, qu'il parle en dernier dans les cérémonies, préside les cérémonies républicaines, y compris militaires, est accueilli dans toutes les communes et assemblées territoriales et reçoit les personnalités étrangères. Bien évidemment, cette représentation de l'État ne saurait être exempte de courtoisie et d'empathie. Sa présence dans les manifestations culturelles, sportives ou sociales, comme les invitations qu'il lance, veulent être la preuve des encouragements de l'État aux acteurs de la société civile.