Prendre au(x) mot(s)

Pierre-Alain Douay, Rédacteur en chef

Les premiers seront les derniers. Nous avons pris l'expression au pied de la lettre : le premier des Français est donc le dernier des auteurs du présent numéro de PAROLE PUBLIQUE. La Francophonie, c'est un empire de mots, une république de lettres. C'est l'expression et l'espérance d'une autre voie possible pour la mondialisation : diversité, polycentrisme, multilinguisme, multi et interculturalité, identités multiples. C'est, comme tout langage, fondamentalement un espace d'échange, un moyen de partage, un acte de communication permanent. Merci à Bernard Wallon d'avoir dirigé notre dossier, à Dominique Wolton de l'avoir inspiré, à Emmanuel Macron de l'avoir conclu.

Prendre au mot. Dans un État de droit, l'administration et les services publics sont la preuve de la politique, la concrétisation des idées des acteurs politiques, la mise en actes de leurs mots. Or, à l'évidence, dans les systèmes politiques où le peuple est au pouvoir - les démocraties -, le peuple se reconnaît de moins en moins dans le pouvoir. Paradoxe ? Oui, si on considère qu'en démocratie, les gouvernants sont les délégués des gouvernés, leurs représentants. Non, si on comprend que l'autorité y dépend de la confiance autant et plus que du suffrage.

Précisément, la défiance s'installe quand les gouvernés ne prennent plus au mot ceux qui gouvernent ou aspirent à gouverner. Quand ils n'y croient plus. Comme à l'habitude, beaucoup de nos articles tournent donc autour de la « confiance », de la « représentation », de la « participation », de la « citoyenneté », des mots qui sont au cœur de la relation avec les parties prenantes au débat public et à l'action publique. Avec les « publics » et les « usagers », ces mots dont il est parfois utile de rappeler l'origine et le sens.

(P)rendre aux mots leur sens, c'est la condition d'une communication juste et respectueuse, le fondement du métier et de l'éthique de tout communicateur public. C'est une des missions que s'est données PAROLE PUBLIQUE. Bonne lecture francophone.