Désinformation : la communication contre-attaque

Marie Yanowitz-Durand, Laurent Riéra et Pascale Barillot

Coprésidents et déléguée générale de Communication publique 

Depuis la publication de ce manifeste, dans le précédent numéro de Parole publique et dans Les Échos, le constat ne s'est malheureusement pas amélioré. La désinformation n'est plus un enjeu périphérique : elle s'est installée au cœur du débat public. Pour les communicants publics, elle n'est plus un sujet parmi d'autres mais une responsabilité stratégique et quotidienne, au contact direct des politiques publiques, des services publics et des citoyens.

Une bonne nouvelle, pourtant : la mobilisation s'organise et se professionnalise. Partout, les initiatives se multiplient pour corriger les fausses informations, développer l'esprit critique et renforcer la compréhension des mécanismes de manipulation, chez les jeunes comme chez les adultes.

À l'échelle de l'État, des dispositifs comme « French Response » ou « Bercy décode » structurent des réponses rapides, documentées et assumées face aux infox qui visent l'action publique. Au ministère de l'Éducation nationale, l'éducation aux médias et à l'information est désormais pensée comme une réponse de fond, portée conjointement par les équipes de communication, le Centre pour l'éducation aux médias et à l'information (CLEMI), de nombreux partenaires associatifs et médiatiques, ainsi que l'ensemble de la communauté éducative.

Le ministère des Armées a, lui aussi, engagé un travail considérable de pédagogie sur les ingérences informationnelles, les manipulations et les tentatives de déstabilisation, en rendant ce sujet accessible au grand public comme aux plus jeunes.

Ce mouvement n'est pas seulement défensif. Il s'accompagne d'outils de mesure et d'analyse qui modifient notre manière de travailler. Le baromètre d'Universcience sur l'esprit critique et la science, tout comme l'étude européenne conduite par l'Institut Bona fidé en avril 2026, offrent des repères précieux pour ajuster les stratégies et dépasser les intuitions. Cette dernière enquête révèle notamment que 77 % des citoyens européens craignent que la manipulation de l'information ne finisse par fragiliser, voire « détruire », les démocraties.

Ce niveau d'alerte justifie pleinement que la communication publique se saisisse du sujet, non comme un sujet technique mais comme un enjeu démocratique majeur. Ces données rappellent également que la bataille de l'information n'oppose pas un peuple « complotiste » à des institutions ou à des élites « rationnelles ».

L'enjeu est d'abord de comprendre les perceptions, les doutes et les inquiétudes pour y répondre avec honnêteté, pédagogie et transparence.

Le Sénat, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF), l'Inserm et bien d'autres institutions publiques ont développé des sites, des plateformes ou des contenus dédiés pour répondre aux rumeurs, expliquer leurs missions, décrypter les infox et rendre leurs données plus accessibles. Le site « Sénat Infox », qui démonte certaines idées reçues sur la Haute Assemblée, comme les nombreux dispositifs de médiation scientifique mis en oeuvre par la recherche publique, illustrent cette évolution. Dans les territoires, collectivités, opérateurs publics et réseaux associatifs inventent également de nouveaux formats : ateliers, rencontres, parcours pédagogiques ou campagnes de sensibilisation qui rendent ces enjeux concrets et accessibles.

Les agences de communication réunies au sein du Club des partenaires de Communication publique prennent aussi toute leur part à cette dynamique. En mettant leurs expertises stratégiques et créatives, ainsi que leurs études, au service de l'intérêt général, elles contribuent à renforcer durablement les capacités d'action des acteurs publics. Qu'il s'agisse de campagnes d'éducation aux médias, d'observatoires de la communication numérique ou encore de chartes encadrant les usages de l'intelligence artificielle, elles participent à la construction d'un environnement informationnel plus robuste.      

Nous avons donc de bonnes raisons d'être optimistes. Loin des discours fatalistes annonçant l'avènement irréversible de la « post-vérité », nous observons une mobilisation croissante, allant des ministères aux collectivités, des médias aux associations, des instituts de recherche aux partenaires privés attachés à l'intérêt général. La réponse s'organise, se coordonne et gagne en maturité. La communication publique n'est plus seulement sommée de réagir ; elle assume progressivement un rôle structurant dans la prévention des manipulations et la construction d'une culture commune de l'information.

Pour autant, une étape décisive reste à franchir : l'incarnation collective de ce combat par la communauté des communicants publics. La mobilisation, en un temps record, des adhérents de Communication publique pour partager témoignages, retours d'expérience et initiatives dans ce numéro, en constitue un signe particulièrement encourageant.

Avoir une exigence accrue sur ses sources, documenter ses affirmations, reconnaître ses incertitudes, partager ses méthodes, ses succès mais aussi ses échecs, faire preuve de transparence, évaluer ses résultats : ces engagements ne relèvent plus seulement de la déontologie professionnelle ou d'un choix ; ils constituent aujourd'hui l'une des réponses les plus concrètes aux fragilités de l'espace public et à la protection du débat démocratique.

Avec ce numéro de Parole publique, nous souhaitons mettre en lumière - une nouvelle fois - celles et ceux qui, partout en France, contribuent à la lutte contre la désinformation. Car face aux infox, la meilleure réponse n'est ni la peur ni la résignation. C'est une communication publique plus rigoureuse, plus transparente et plus collective. Autrement dit, une communication publique fidèle à sa raison d'être : informer plutôt qu'influencer, relier plutôt qu'opposer et donner à chacun les moyens de se forger un jugement éclairé.