Comme de nombreux professionnels engagés dans l’éducation aux médias et à l’information (EMI), Damien Fleurot intervient avec son association auprès des jeunes dans les établissements scolaires. Il a également lancé un « camion de l’info ». L’idée, explique-t-il, est de « sortir l'éducation aux médias de la salle de classe pour l’emmener dans la rue. Nous n’avons rien inventé : nous nous sommes inspirés des tournées promotionnelles des plages de certaines grandes marques, de la caravane du Tour de France, poursuit-il. Nous garons le camion sur une place de village, un parvis d'une mairie, une aire d'autoroute, un camping. C'est un atelier itinérant avec des ressources pédagogiques, un kiosque ambulant aussi, puisque l’on apporte la presse dans des endroits où il n'y en a plus, où elle est moins accessible. »
L’association a également lancé une opération nationale autour des kiosques à journaux. A partir de 2026, elle se déroulera le dernier week-end de septembre. « L’accès universel à l'information commence à côté de chez moi, chez mon marchand de journaux et chez mon kiosquier. Une journée dans l'année, les clients pourront rencontrer des journalistes et les journalistes discuter avec des lecteurs. Je pense que l’on peut à la fois rendre populaire l'éducation aux médias avec, aussi, un côté un peu festif. Nous avons tous les atouts pour combattre ces désordres informationnels. »
Développer l’esprit critique est l’une des armes les plus efficaces, notamment parce que cela renforce le lien entre les citoyens et les médias fiables. Richard Robert, directeur de la rédaction de la revue Telos (entretien à lire plus loin dans ce dossier), observe en Europe de l'Ouest « des sociétés plus ou moins résilientes face à des vagues de désinformation, à des attaques caractérisées, des campagnes malveillantes. Et les plus résilientes sont celles qui accordent le plus de crédit aux médias. La croyance aux médias comme bloc de résistance, de résilience, est très important. » Le chercheur convoque également la notion d'anti-fragilité : « Est définie comme anti-fragile une entité qui non seulement absorbe un choc et rebondit plus fort. Et cette anti-fragilité, face à des attaques, peut parfois renforcer une société. Toute la question étant de coordonner la réponse, d'inviter le sentiment d'être en guerre, de forcer une cohésion. »
Dans cette guerre, quel rôle peut jouer l’ARCOM ? L’institution s’est notamment interrogée sur la manière de répondre aux défis posés par les plateformes numériques et l’essor rapide des intelligences artificielles génératives. « Nous nous sommes posés la question, d’autant que l’on voit aujourd'hui arriver très vite des intelligences artificielles génératives qui sont une nouvelle source d’informations et de désinformations. Nous nous sommes donnés un cadre européen avec une question : quelle arme utiliser ?», explique Benoît Loutrel, membre du collège de l’ARCOM. La réponse est venue rapidement : « Nous avons vite conclu que la force de la démocratie, c'est ses citoyens. L’arme, en démocratie, c’est de donner la capacité aux gens d'agir, d'être acteurs pour que chacun puisse jouer son rôle. » La véritable force, poursuit-il, est de « déverrouiller la puissance de l'information, de la compréhension. »
Éduquer donc. Mais également résister. « Ou, plutôt, reprendre le pouvoir » corrige Fabrice Hermel, directeur de la communication de la Banque de France. Cela commence par une prise de conscience : dans un environnement informationnel devenu plus complexe, « la communication est essentielle, la communication est stratégique. »
Encore faut-il accepter sa propre vulnérabilité. Thomas Huchon, journaliste spécialiste des infox, constate que « nous avons tous conscience que la désinformation existe, mais nous avons tous, aussi, le sentiment de ne pas être vraiment concernés ». Pour objectiver ce phénomène, il a conçu un quiz permettant de mesurer sa capacité à repérer les fake news. L'outil est accessible sur le réseau LinkedIn notamment. Résultat : « En cinq mois, plus de 5 000 personnes, majoritairement des communicants, s’en sont emparés, et la note moyenne n’est que de 10 sur 20. Ce test permet de prendre conscience que, face à la désinformation, le premier problème, c’est nous, poursuit-il. C’est à la fois terrible et génial : le premier problème, c’est nous, la solution, c’est nous ! » Première esquisse de solution, Thomas Huchon propose une formation d'une heure et demie en e-learning car, rappelle-t-il, « dire aux gens qu'ils ne comprennent pas le problème sans leur donner une forme d'explication et un moyen de remonter la pente n'a aucune forme d'intérêt ».
Reprendre le pouvoir, remonter la pente : la directrice de la communication du ministère des Armées, Olivia Pénichou propose, elle aussi, des pistes. « C’est une bataille à gagner en permanence et on peut la gagner en travaillant différemment, en se réinventant, plaide-telle. Nous devons, comme institution, investir le champ de l’information, le paysage informationnel, ce qui signifie être présent en permanence, sans être dans la surréaction. »