Mathilde Schneider
Directrice de la communication et du patrimoine historique de la Banque de France
Mathilde Schneider, directrice de la Communication et du Patrimoine de la Banque de France
Directrice de la communication et du patrimoine historique de la Banque de France
La confiance dans l’argent ne va jamais entièrement de soi : elle se construit, s’éprouve et se protège. C’est l’une des responsabilités fondamentales de la Banque de France, dont les missions touchent à la stabilité monétaire et financière, à la sécurité des paiements, à la solidité du système bancaire et, plus largement, à la confiance sur laquelle repose la vie économique. Dans un univers où circulent promesses de gains immédiats, conseils approximatifs, faux signaux d’autorité et sollicitations urgentes, l’esprit critique n’est pas une disposition abstraite : c’est une condition très concrète de notre sécurité économique individuelle et collective. Le Baromètre de l’esprit critique 2026 met en lumière une réalité paradoxale. Sur les questions d’argent, 45 % des Français disent s’informer d’abord auprès de leur banquier ou conseiller financier, devant la famille (27 %) et l’entourage proche (21 %). Dans le même temps, 76 % déclarent se faire confiance à eux-mêmes, 61 % à leur entourage, 55 % aux banquiers et 49 % aux économistes. À l’inverse, la défiance est forte envers les applications d’intelligence artificielle (67 %), les Youtubeurs et influenceurs spécialisés en finance (75 %), les influenceurs en général (82 %) et les responsables politiques (80 %).
« L'esprit critique n'est pas une disposition abstraite : c'est une condition très concrète de notre sécurité économique individuelle et collective. »
Ces résultats disent quelque chose d’essentiel : la question n’est plus d’avoir accès à l’information, mais de savoir l’évaluer, la hiérarchiser, la confronter et la mettre à distance. L’argent concentre en effet des représentations puissantes - la sécurité, la réussite, l’autonomie, parfois même le bonheur, qui influencent nos jugements. Les tentatives d’escroquerie prospèrent sur cette zone de fragilité. Elles rencontrent nos automatismes, nos croyances, notre fatigue informationnelle ou notre difficulté à évaluer correctement un risque. Le remède n’est pas seulement technique, il relève d’une discipline du jugement : interrompre la chaîne de l’urgence, recouper une information, rappeler via un numéro officiel, refuser
de transmettre un code ou d’installer un outil de prise en main à distance. En un mot, il faut réintroduire de la délibération là où tout est fait pour l’empêcher.
« La question n'est plus d'avoir accès à l'information, mais de savoir l'évaluer, la hiérarchiser, la confronter et la mettre à distance. »
C’est dans cet espace que s’inscrit l’action de la Banque de France. En tant que banque centrale, elle agit comme une vigie et une boussole de confiance pour le bien commun : en contribuant à la stabilité monétaire et financière, en analysant les risques, en régulant les acteurs et en informant les citoyens, elle aide à nous préserver des crises, des menaces et des chausse-trappes de plus en plus sophistiqués. Cette exigence est d’autant plus forte que l’argent demeure un sujet socialement chargé. On en parle encore difficilement, on avoue rarement ses doutes, et l’on hésite parfois à reconnaître qu’on n’a pas compris. Le Baromètre révèle pourtant une attente claire : au-delà des conseils, les Français veulent des repères pour raisonner, comparer et décider par eux-mêmes. Cette attente est particulièrement forte chez les plus jeunes, qui considèrent massivement que les questions d’argent et de finances devraient faire partie des connaissances générales que chacun devrait maîtriser.
C’est tout le sens de la mission d’éducation financière EDUCFI confiée par l’Etat à la Banque de France. Le Baromètre montre que 84 % des 15-17 ans estiment que les questions d’argent et de finances ne sont pas assez enseignées, et la même proportion considère qu’elles devraient faire partie des savoirs de base. Avec la généralisation, dès la rentrée 2027, du passeport EDUCFI dans toutes les classes de quatrième, l’ambition est claire : faire de l’esprit critique en matière financière une compétence accessible à tous. Comprendre qu’un rendement sans risque n’existe pas, qu’une information n’a pas la même valeur selon sa source, qu’un avis n’est pas une preuve, qu’une décision financière mérite un temps de réflexion : ces apprentissages protègent autant qu’ils émancipent. Ils permettent de remettre les chiffres à leur place et de poser la vraie question, celle qui devrait guider tout choix économique : qu’est-ce que je veux faire de mon argent, en connaissance de cause ?
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