L'actualité récente a mis en lumière une profonde fracture entre le « peuple » et les « élites ». Quels sont les ressorts de ce divorce ?

Maurice Lévy - Depuis la seconde moitié des années 1990, le phénomène du déclassement des classes moyennes res­sort de toutes les études, avec de plus en plus d'acuité. Ce n'est pas seulement un problème de niveau de vie, ni même la certitude, profondément ancrée, que les généra­tions à venir vivront moins bien qu'aujourd'hui, mais le sentiment, très humiliant, de subir une dégradation dont on n'est en rien responsable. Les gens se sont interrogés sur les conséquences du chô­mage, sur l'évolution des retraites, sur les 35 heures dont ils se sont réjouis tout en sachant, au fond, qu'ils en payeraient le prix. Les réponses politiques ont été sys­tématiquement insuffisantes. Si les 35 heures avaient été abrogées, nous ne nous demanderions pas s'il faut travail­ler plus ; si la retraite par points était en place, nous ne parlerions plus d'un éventuel report de son âge légal... Les problèmes non traités n'ont fait que s'aggraver. Le pou­voir se retrouve aujourd'hui avec une dette proche de 100 % du produit intérieur brut, un déficit qu'il n'arrive pas à ju­guler, des prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde, un chômage anormalement haut et... zéro marge de manœuvre ! Les partis de gouvernement doivent s'empa­rer de ces sujets et y apporter des solutions définitives. C'est l'absence de réponse qui a généré le ras-le-bol conduisant aux gilets jaunes...